Régression linéaireLinear Regression — Basic Optimization · Cours 2 & 3 (9/10, 9/15)
Ce chapitre répond à une seule question : comment prédire un nombre réel $y$ à partir d'une entrée $\bx$, en apprenant à partir d'exemples ? Il construit la réponse complète — le critère, le modèle, la formule, sa justification, ses limites et leurs remèdes — puis l'outil d'optimisation qui servira dans tous les chapitres suivants. Chaque section répond au problème laissé ouvert par la précédente ; au début de chacune, un encadré Où on en est fait le point.
Feuille de route
Les slides découpent le cours en cinq blocs : la régression (§1), la régression linéaire et les fonctions de base (§2–4), le ridge (§5–7), le lasso (§8), les méthodes de gradient (§9). La chaîne complète, cliquable :
Le raisonnement, maillon par maillon
- ①Fixer le critère. On veut que $f(\bx)$ soit proche de $y$ en moyenne : minimiser l'erreur quadratique moyenne $\E[(y-f(\bx))^2]$. On montre que le meilleur $f$ possible est l'espérance conditionnelle $\E[y\mid\bx]$. Mais elle dépend de la loi $p(\bx,y)$, qu'on ne connaît pas. → Il faut chercher $f$ dans une famille raisonnable, à partir d'exemples.
- ②Choisir la famille. $f(\bx) = \bw\T\bphi(\bx)$ : on transforme d'abord l'entrée par des fonctions de base $\bphi$ (puissances de $x$, gaussiennes…), puis on combine linéairement. Le modèle peut être une courbe en $\bx$, tout en restant linéaire en $\bw$ : c'est ce qui donnera une formule close.
- ③Apprendre $\bw$. On remplace la vraie MSE (inconnue) par sa moyenne sur les $N$ exemples, $\EMSE(\bw) = \frac1N\|\by-\bPhi\bw\|^2$, et on annule le gradient. On obtient les équations normales et $\bw_{\text{LS}}$. Géométriquement : $\bPhi\bw_{\text{LS}}$ est la projection orthogonale de $\by$ sur l'espace engendré par les colonnes de $\bPhi$. Si $\bPhi\T\bPhi$ n'est pas inversible, la pseudo-inverse choisit la solution de norme minimale.
- ④Justifier la perte carrée. Si $y = \bw\T\bphi(\bx) + \varepsilon$ avec un bruit gaussien, maximiser la vraisemblance des données revient exactement à minimiser la MSE empirique. Utiliser la perte carrée, c'est supposer un bruit gaussien.
- ⑤Constater la limite. Avec beaucoup de fonctions de base, la MSE d'entraînement tend vers 0 mais l'erreur sur de nouveaux points explose : le modèle apprend le bruit, avec des coefficients énormes. → Il faut contrôler la taille de $\bw$.
- ⑥Régulariser. Ajouter $\lambda\|\bw\|^2$ (ridge) : formule close toujours inversible. Vu de façon probabiliste, c'est un prior gaussien « $\bw$ est petit » (MAP). Avec $\lambda\|\bw\|_1$ (lasso), beaucoup de coefficients deviennent exactement nuls (sélection de variables) — mais il n'y a plus de formule close.
- ⑦Optimiser sans formule. La descente de gradient fait de petits pas dans la direction $-\nabla\hL$ ; le pas $\gamma$ est délicat, le momentum amortit les zigzags, et SGD remplace le gradient complet par celui d'un mini-batch (sans biais). C'est ce qu'on utilisera pour la régression logistique, les SVM, les réseaux…
- prouver que $\E[y\mid\bx]$ minimise la MSE (décomposition) ;
- construire $\bPhi$, dériver les équations normales et $\bw_{\text{LS}}$, et expliquer le rôle de $\bPhi^\dagger\by$ ;
- montrer MLE = moindres carrés sous bruit gaussien, et MAP = ridge avec $\bSigma = \frac{\sigma^2}{N\lambda}\bI$ ;
- expliquer géométriquement pourquoi le lasso donne des solutions parcimonieuses ;
- écrire la mise à jour de GD pour la régression linéaire, et prouver que le gradient de mini-batch est sans biais.
Notations du chapitre
Toutes les lettres utilisées dans la page (et dans les slides), au même endroit.
| Symbole | Se lit / signifie | Nature | Où |
|---|---|---|---|
| Données et loi | |||
| $N$ | nombre d'exemples d'entraînement | entier | partout |
| $\bx,\ \bx_n$ | entrée (une observation), $n$-ième entrée. Souvent un scalaire $x$ dans les exemples (polynômes) | $\R^D$ (ou $\R$) | partout |
| $y,\ y_n$ | sortie / cible réelle | réel | partout |
| $\by$ | le vecteur $[y_1,\dots,y_N]\T$ de toutes les cibles | $\R^N$ | §3 → |
| $\mathcal D$ | le jeu de données $\{(\bx_n,y_n)\}_{n=1}^N$ | ensemble | §3, §4 |
| $p(\bx,y)$ | la vraie loi jointe (inconnue) qui génère les couples | densité | §1 |
| $\varepsilon,\ \sigma^2$ | bruit (ce que $\bx$ n'explique pas) ; sa variance | v.a. ; réel $>0$ | §1, §4, §7 |
| Modèle | |||
| $\phi_\ell,\ \bphi(\bx)$ | $\ell$-ième fonction de base ; le vecteur de features $[\phi_1(\bx),\dots,\phi_L(\bx)]\T$ | $\R^D\to\R$ ; $\R^L$ | §2 → |
| $L$ | nombre de fonctions de base = nombre de paramètres | entier | §2 → |
| $M$ | degré du polynôme dans le HW1 et PRML : $L = M+1$ paramètres | entier | §5, HW1 |
| $\bw$ (ou $\btheta$) | vecteur de poids $[w_1,\dots,w_L]\T$ | $\R^L$ | §2 → |
| $f(\bx) = \bw\T\bphi(\bx)$ | la prédiction du modèle | réel | §2 → |
| $\bPhi$ | design matrix : ligne $n$ = $\bphi(\bx_n)\T$, colonne $\ell$ = $\phi_\ell$ évaluée sur tous les points | $\R^{N\times L}$ | §3 → |
| $\bphi_n$ | raccourci pour $\bphi(\bx_n)$ (une ligne de $\bPhi$) | $\R^L$ | §9 |
| Critères et estimateurs | |||
| $E(f)$ | vraie MSE $\E[(y-f(\bx))^2]$ (espérance sur $p(\bx,y)$) | réel | §1 |
| $\EMSE(\bw)$ | MSE empirique $\frac1N\|\by-\bPhi\bw\|^2$ (le chapeau = calculé sur les données) | $\R^L\to\R_+$ | §3 → |
| $\bw_{\text{LS}},\ \bPhi^\dagger$ | estimateur des moindres carrés ; pseudo-inverse de Moore–Penrose | $\R^L$ ; $\R^{L\times N}$ | §3 |
| $\mathcal L(\bw;\mathcal D)$ | vraisemblance $p(\by\mid\bPhi,\bw)$ vue comme fonction de $\bw$ | $\R^L\to\R_+$ | §4 |
| $\lambda$ | force de la régularisation | réel $>0$ | §6 → |
| $\|\bw\|^2,\ \|\bw\|_1$ | $\sum_\ell w_\ell^2$ (ridge) ; $\sum_\ell|w_\ell|$ (lasso) | réels $\ge0$ | §6, §8 |
| $p(\bw),\ \bSigma$ | prior sur les poids $\N(\mathbf 0,\bSigma)$ ; sa matrice de covariance | densité ; $\R^{L\times L}$ | §7 |
| $\bw_{\text{MLE}},\ \bw_{\text{ridge}},\ \bw_{\text{MAP}}$ | les estimateurs du chapitre ; MLE = LS, MAP = ridge | $\R^L$ | §4, §6, §7 |
| Optimisation (§9, notations des slides 31–46) | |||
| $\ell(y,\hat y)$, $\ell_i$ | perte d'un exemple ; perte de l'exemple $i$ | réel $\ge0$ | §9 |
| $L(\btheta),\ \hL(\btheta)$ | risque attendu (espérance) ; risque empirique (moyenne sur les données) | réels | §9 |
| $\nabla\hL$ | gradient : vecteur colonne des dérivées partielles | vecteur | §9 |
| $\btheta_t,\ \gamma_t,\ \bg_t$ | itéré n° $t$ ; pas (learning rate) ; gradient utilisé au pas $t$ | vecteur, réel, vecteur | §9 |
| $\alpha,\ \Delta\btheta_i$ | coefficient de momentum ; dernier déplacement $\btheta_i-\btheta_{i-1}$ | $[0,1]$ ; vecteur | §9 |
| $\mathcal B_t,\ \hL_{\mathcal B}$ | mini-batch (indices tirés) ; risque empirique sur ce mini-batch | ensemble ; réel | §9 (SGD) |
- $\bw$ et $\btheta$ désignent la même chose : les slides écrivent $\btheta$ p.5, p.7 et dans toute la partie optimisation (p.31–46), $\bw$ ailleurs.
- Beaucoup de « L » : $L$ = nombre de fonctions de base ; $L(\btheta)$ = risque attendu ; $\hL(\btheta)$ = risque empirique ; $\mathcal L(\bw;\mathcal D)$ = vraisemblance ; $\ell$ = perte d'un exemple. Et sur la slide 10, les étiquettes « $L = 0, 1, 3, 9$ » des figures désignent en fait le degré (comme $M$ dans PRML et le HW1).
- Trois dimensions : $d$ (slide 7, entrées brutes, matrice $X\in\R^{N\times d}$), $D$ (dimension de $\bx$), $L$ (nombre de features, matrice $\bPhi\in\R^{N\times L}$). Et $\mathcal D$ est le jeu de données, pas une dimension.
- $\sigma$ : écart-type du bruit (§4) ; mais aussi la largeur des bases gaussiennes (slide 11). Au chapitre 2, $\sigma$ sera la sigmoïde.
- $E$ et $\E$ : $E(f)$ est la vraie MSE, $\EMSE$ sa version empirique, $\E[\cdot]$ l'opérateur d'espérance.
- $\bSigma$ (§7) est une matrice de covariance, pas une somme.
- Facteur $\frac1N$ et valeur de $\lambda$ : les slides minimisent $\frac1N\|\by-\bPhi\bw\|^2 + \lambda\|\bw\|^2$, d'où le $N\lambda\bI$ dans la formule du ridge ; PRML minimise $\frac12\sum_n(\cdot)^2 + \frac\lambda2\|\bw\|^2$, d'où $\lambda\bI$. Même famille de solutions, mais pas la même valeur de $\lambda$.
- Indices : $n$ pour les exemples (p.12–17), $i$ dans la partie optimisation (p.31+), $t$ pour les itérations.
- 3D : glisser = tourner · molette = zoom · clic droit (ou Maj + glisser) = déplacer.
- 2D : les points à halo sont déplaçables à la souris ; certaines scènes acceptent un clic pour ajouter un point (indiqué en bas à droite).
- Preuves : clique sur « Preuve » pour la déplier, puis « Mode pas à pas » pour révéler une étape à la fois.
- ◉ Affichage (en haut à droite de chaque figure) : cases à cocher pour masquer / afficher la grille, les axes, les étiquettes et, selon la scène, ses éléments propres.
1Le problème de régression
On cherche le « meilleur » $f$. Le critère du cours est l'erreur quadratique moyenne (mean squared error) sous la vraie loi jointe $p(x,y)$ :
$$E(f) = \E\big[(y - f(x))^2\big] = \iint (y - f(x))^2\, p(x,y)\,dx\,dy.$$Les objets en jeu
- $x$
- élément de $\mathcal X$ (souvent $\R^D$)L'entrée (input, covariate) : ce qu'on observe. Ex. slide 3 : $x = (\text{taille}, \text{poids})\in\R^2$.
- $y$
- réel $\in\R$ (ou $\R^K$)La sortie (target, response) qu'on veut prédire. Ex. la durée de vie.
- $X,\ Y$
- variables aléatoiresLes versions aléatoires de $x$ et $y$ : $(X,Y)$ est le couple « tiré par la nature », $(x,y)$ une valeur particulière. On écrit $\E[Y\mid X]$ pour insister sur l'aléa.
- $p(x,y)$
- densité sur $\mathcal X\times\R$La vraie loi jointe (data-generating distribution) : la loi de probabilité inconnue selon laquelle le monde produit des couples $(x,y)$. C'est une densité : $p(x,y)\ge0$ et $\iint p(x,y)\,dx\,dy = 1$ ; la probabilité qu'un couple tombe dans une région $A$ est $\iint_A p$. « Vraie » s'oppose à « notre modèle » : $p$ décrit la réalité, on ne la connaît jamais, on n'en voit que des échantillons (le jeu de données). Dans la scène ci-dessous, le relief 3D est $p(x,y)$.
- $p(x)$
- densité sur $\mathcal X$La loi marginale des entrées : $p(x) = \int p(x,y)\,dy$. Dit « quelles entrées on rencontre et à quelle fréquence » (ex. la répartition des tailles/poids dans la population). Dans la scène : uniforme sur $[0,1]$.
- $p(y\mid x)$
- densité sur $\R$, pour chaque $x$La loi conditionnelle : $p(y\mid x) = p(x,y)/p(x)$. Parmi toutes les personnes de mêmes $x$, comment se répartissent les $y$. Factorisation : $p(x,y) = p(x)\,p(y\mid x)$ ⇔ « la nature tire d'abord $x\sim p(x)$, puis $y\sim p(y\mid x)$ ». Géométriquement : la coupe verticale du relief en $x$, renormalisée.
- $\varepsilon$
- variable aléatoire réelleLe bruit : tout ce que $x$ n'explique pas (facteurs non observés, erreurs de mesure). Si $f(x) = \E[y|x]$, alors $\varepsilon = y - \E[y|x]$ vérifie $\E[\varepsilon\mid x] = 0$ par construction.
- $f$
- fonction $\mathcal X\to\R$Le prédicteur : à chaque entrée il associe une prédiction $f(x)$. C'est l'inconnue du problème ; on la cherche dans une classe (linéaires, réseaux…).
- $\E[\,\cdot\,]$
- opérateur : v.a. → nombreL'espérance = moyenne pondérée par la loi : $\E[g(X,Y)] = \iint g(x,y)\,p(x,y)\,dx\,dy$. Intuition : la moyenne de $g$ sur une infinité de nouveaux exemples tirés de $p$.
- $E(f)$
- nombre $\ge 0$ (une fonctionnelle de $f$)La MSE vraie (ou risque) de $f$ : erreur quadratique moyenne sur toute la population, y compris les exemples futurs jamais vus. C'est ce qu'on veut petit, mais on ne peut pas la calculer puisque $p$ est inconnue → on l'approche par une moyenne sur les données (§3).
- $\E[y\mid x]$
- fonction $\mathcal X\to\R$L'espérance conditionnelle : $\E[y\mid x] = \int y\,p(y\mid x)\,dy$, le centre de gravité de la coupe en $x$. Vue comme fonction de $x$, c'est la « fonction de régression » (courbe jaune).
- $\Var(Y\mid X)$
- fonction $\mathcal X\to\R_+$La variance conditionnelle $\E[(Y-\E[Y|X])^2\mid X]$ : la largeur de la coupe en $x$. Si elle est constante (= $\sigma^2$), le bruit est dit homoscédastique.
Géométrie. Imagine la densité jointe $p(x,y)$ comme un relief au-dessus du plan $(x,y)$. Couper ce relief par le plan vertical « $x = x_0$ » donne (à normalisation près) la densité conditionnelle $p(y\mid x_0)$ : une bosse. Pour chaque $x_0$ il faut choisir un seul nombre $f(x_0)$ ; le nombre qui minimise l'écart quadratique moyen à une bosse est son centre de gravité $\E[y\mid x_0]$. La courbe jaune (le « crête » moyenne du relief) est donc la meilleure fonction possible, et même elle garde une erreur : la largeur des bosses, $\Var(Y\mid X)$.
Preuve — décomposition de la MSE et optimalité de $\E[Y\mid X]$ HW1 Q2.(1)
2Modèles linéaires et fonctions de base
Hypothèse de base : $y = \theta\T x$ avec $x\in\R^d$. Sur un jeu de données, en empilant les $x_n\T$ en lignes d'une matrice $X\in\R^{N\times d}$ : $\ \mathbf y = X\theta$.
« Linéaire » paraît trop pauvre (slide 7 : « Are linear models too simple? »). Le tour de passe-passe : on applique d'abord une transformation fixe $\phi$ à l'entrée.
Les objets en jeu
- $x\in\R^D$
- vecteur (entrée brute)L'entrée à $D$ composantes (ex. $D=1$ dans le HW1).
- $\theta\in\R^d,\ X\in\R^{N\times d}$
- vecteur, matriceSlide 7 : modèle linéaire « brut » $y = \theta\T x$ ; $X$ empile les $N$ entrées en lignes, $\by = X\theta$.
- $\phi_\ell:\R^D\to\R$
- fonction fixe (choisie à la main)La $\ell$-ième fonction de base (basis function, feature) : elle extrait une caractéristique numérique de $x$ (une puissance, une bosse autour de $\mu_\ell$, une fréquence…). Elle n'est pas apprise.
- $\bphi(x)\in\R^L$
- vecteur de featuresL'empilement $[\phi_1(x),\dots,\phi_L(x)]\T$ : la représentation de $x$ dans « l'espace des features ». $\bphi$ envoie $\R^D$ dans $\R^L$ (souvent $L\gg D$).
- $L$
- entierNombre de fonctions de base = nombre de paramètres. Polynôme de degré $M$ : $L = M+1$ (avec la constante $\phi_1 = 1$).
- $\bw\in\R^L$
- vecteur de paramètres (appris)Les poids. $w_\ell$ dit combien de $\phi_\ell$ on met dans le mélange. $f(x) = \bw\T\bphi(x)$ est le produit scalaire entre les poids et les features.
- $\mu_\ell,\ \sigma$
- réels (hyperparamètres)Pour la base gaussienne : centre et largeur de la $\ell$-ième bosse. Fixés avant l'apprentissage.
Exemples (slide 11) : polynomiale $\phi_\ell(x) = x^{\ell-1}$ ; gaussienne $\phi_\ell(x) = \exp\!\big(-\frac{\|x-\mu_\ell\|^2}{2\sigma^2}\big)$ ; sigmoïdale ; Fourier ; splines ; ondelettes. Dans la scène ci-dessous, chaque courbe fine colorée est un terme $w_\ell\phi_\ell(x)$ et la courbe jaune est leur somme. Bouge les poids : une base locale (gaussiennes) ne modifie la courbe que près de $\mu_\ell$ ; une base globale (polynômes, Fourier) la modifie partout.
Le « relèvement » : une droite dans l'espace des features
Intuition géométrique clé. Avec $\bphi(x) = [1, x, x^2]\T$, chaque point $x$ est envoyé sur la parabole $(x, x^2)$ du plan des features. Un modèle $f(x) = w_0 + w_1 x + w_2 x^2$ est un plan $y = w_0 + w_1 u + w_2 v$ au-dessus de ce plan $(u,v)$. La courbe apprise dans l'espace d'origine est simplement l'intersection de ce plan avec le « mur » vertical posé sur la parabole. Ajuster une parabole aux données = ajuster un plan à des points en 3D : c'est un problème linéaire.
3Moindres carrés (least squares)
StatQuestThe Main Ideas of Fitting a Line to Data (Least Squares and Linear Regression)Les moindres carrés en images : résidus, somme des carrés, pente et ordonnée optimales.▶
Stanford CS229 — Andrew NgLecture 2: Linear Regression and Gradient DescentCours complet : fonction de coût, gradient, équations normales — même niveau que les slides.Les objets en jeu
- $\mathcal D$
- ensemble de $N$ couplesLe jeu d'entraînement $\{(x_n,y_n)\}_{n=1}^N$, supposé tiré i.i.d. (indépendamment, de même loi) selon la vraie loi $p(x,y)$ : ce sont les seuls morceaux de $p$ qu'on voit.
- $N$
- entierNombre d'exemples (HW1 : $N=15$).
- $\by\in\R^N$
- vecteur colonneToutes les cibles empilées : $\by = [y_1,\dots,y_N]\T$. Vu géométriquement (§3.2) : un seul point de $\R^N$.
- $\bphi_n := \bphi(x_n)\in\R^L$
- vecteurLes features du $n$-ième exemple = la $n$-ième ligne de $\bPhi$ (transposée).
- $\bPhi\in\R^{N\times L}$
- matrice (design matrix)$\Phi_{n\ell} = \phi_\ell(x_n)$. Ligne $n$ = un exemple ; colonne $\ell$ = une feature sur tous les exemples. $\bPhi\bw\in\R^N$ = vecteur de toutes les prédictions.
- $\EMSE(\bw)$
- fonction $\R^L\to\R_+$La MSE empirique : la MSE vraie $E(f)$ où l'on remplace l'espérance sous $p$ par la moyenne sur les $N$ exemples. Par la loi des grands nombres, pour $\bw$ fixé, $\EMSE(\bw)\to E(f_{\bw})$ quand $N\to\infty$.
- $\|\mathbf v\|^2$
- nombreNorme euclidienne au carré : $\|\mathbf v\|^2 = \mathbf v\T\mathbf v = \sum_n v_n^2$. Ici $\|\by-\bPhi\bw\|^2 = \sum_n r_n^2$, la somme des carrés des résidus $r_n = y_n - \bw\T\bphi_n$.
- $\bw_{\text{LS}}$
- vecteur de $\R^L$Le minimiseur de $\EMSE$ : l'estimateur des moindres carrés (least squares).
- $\bPhi^\dagger\in\R^{L\times N}$
- matriceLa pseudo-inverse de Moore–Penrose. Si $\bPhi\T\bPhi$ est inversible, $\bPhi^\dagger = (\bPhi\T\bPhi)^{-1}\bPhi\T$ ; sinon elle donne la solution de norme minimale.
Pourquoi « moindres carrés » ? Littéralement : chaque résidu $r_n = y_n - f(x_n)$ est le côté d'un carré d'aire $r_n^2$. La MSE empirique est l'aire moyenne de ces carrés. Déplace la droite (poignées) ou les points ; à droite, la même MSE vue comme une surface dans l'espace des paramètres $(w_1, w_2)$ : un paraboloïde (bol) dont le fond est $\bw_{\text{LS}}$.
Preuve — gradient, équations normales et minimum global HW1 Q2.(2)(3)
Géométrie des moindres carrés : une projection orthogonale
MIT OCW — Gilbert Strang15. Projections onto SubspacesProjection d'un vecteur sur un sous-espace : l'origine de $\bP = \bPhi(\bPhi\T\bPhi)^{-1}\bPhi\T$.▶
MIT OCW — Gilbert Strang16. Projection Matrices and Least SquaresStrang relie projection et moindres carrés : exactement la vue « un seul vecteur $\by\in\R^N$ ».Changeons de point de vue : au lieu de voir $N$ points dans le plan $(x,y)$, voyons un seul vecteur $\by\in\R^N$. Chaque choix de $\bw$ produit un vecteur de prédictions $\bPhi\bw = w_1\boldsymbol\varphi_1 + \dots + w_L\boldsymbol\varphi_L$ : une combinaison des colonnes de $\bPhi$. L'ensemble de toutes les prédictions possibles est le sous-espace $\mathcal S = \operatorname{col}(\bPhi)$ (dimension $\le L$). Minimiser $\|\by - \bPhi\bw\|$, c'est trouver le point de $\mathcal S$ le plus proche de $\by$ : la projection orthogonale. Avec $N = 3$ points et $L = 2$ features, on peut le voir en 3D.
Preuve — pourquoi le point le plus proche est la projection orthogonale
Pseudo-inverse et cas dégénéré Hors slides HW1 Q2.(3)
Les objets en jeu
- $\operatorname{rang}(\bPhi)$
- entier $\le\min(N,L)$Le nombre de colonnes linéairement indépendantes de $\bPhi$ = la dimension de $\operatorname{col}(\bPhi)$. $\bPhi\T\bPhi$ ($L\times L$) est inversible ssi $\operatorname{rang}(\bPhi) = L$ (« rang plein en colonnes »).
- $\operatorname{col}(\bPhi)\subseteq\R^N$
- sous-espaceL'espace colonne : tous les vecteurs de prédictions $\bPhi\bw$ possibles (le plan bleu de la scène de projection).
- $\ker\bPhi\subseteq\R^L$
- sous-espace (noyau)$\{\bv : \bPhi\bv = 0\}$ : les directions dans lesquelles on peut bouger les poids sans changer aucune prédiction. Réduit à $\{0\}$ ssi rang plein.
- $\operatorname{row}(\bPhi) = \operatorname{col}(\bPhi\T)$
- sous-espace de $\R^L$L'espace des lignes, orthogonal à $\ker\bPhi$. Tout $\bw$ se décompose en une partie « utile » dans $\operatorname{row}(\bPhi)$ et une partie « invisible » dans $\ker\bPhi$.
- SVD $\bPhi = \mathbf U\boldsymbol\Sigma\mathbf V\T$
- décomposition$\mathbf V$ ($L\times L$) et $\mathbf U$ ($N\times N$) orthogonales, $\boldsymbol\Sigma$ « diagonale » de valeurs singulières $\sigma_1\ge\dots\ge\sigma_r>0$ (puis des zéros). Géométriquement : $\bPhi$ = tourner ($\mathbf V\T$), étirer chaque axe de $\sigma_i$ ($\boldsymbol\Sigma$), tourner ($\mathbf U$). Les $\sigma_i^2$ sont les valeurs propres de $\bPhi\T\bPhi$.
- $\bPhi^\dagger\in\R^{L\times N}$
- matrice (pseudo-inverse de Moore–Penrose)$\bPhi^\dagger = \mathbf V\boldsymbol\Sigma^+\mathbf U\T$ où $\boldsymbol\Sigma^+$ remplace chaque $\sigma_i>0$ par $1/\sigma_i$ et laisse les zéros à zéro. Existe toujours, pour n'importe quelle matrice.
1. Quand $\bPhi\T\bPhi$ est-elle singulière ?
Exactement quand les colonnes de $\bPhi$ sont linéairement dépendantes, c'est-à-dire qu'une feature est une combinaison des autres. Trois situations typiques :
- Plus de paramètres que de points : $L>N$ (ex. $M = 20$ avec $N = 15$ points). $L$ colonnes dans $\R^N$ ne peuvent pas être indépendantes si $L>N$.
- Des entrées répétées : avec une base polynomiale, s'il n'y a que $k$ valeurs distinctes parmi les $x_n$, le rang est au plus $k$. Cas extrême de la scène : $x_1 = x_2 = x_3$ ⇒ les colonnes $\mathbf 1$ et $\mathbf x$ sont proportionnelles.
- Des features redondantes : la même mesure deux fois (taille en cm et en mètres), ou une feature égale à la somme de deux autres.
Preuve — $\bPhi\T\bPhi$ inversible $\iff$ colonnes de $\bPhi$ indépendantes $\iff\ker\bPhi = \{0\}$
2. Ce qui reste vrai : la meilleure prédiction $\hby$ existe et est unique
Géométriquement, les moindres carrés projettent $\by$ sur $\operatorname{col}(\bPhi)$. Une projection sur un sous-espace existe toujours et est unique, que les colonnes soient indépendantes ou non : si elles sont dépendantes, $\operatorname{col}(\bPhi)$ est juste plus petit (un plan qui s'écrase en droite dans la scène de la section 3). Donc le vecteur de prédictions optimal $\hby$ et l'erreur minimale sont parfaitement définis. De plus, les équations normales $\bPhi\T\bPhi\bw = \bPhi\T\by$ ont toujours au moins une solution.
3. Ce qui casse : une infinité de $\bw$ donnent ce même $\hby$
Preuve
Image du bol : la MSE en fonction de $\bw$ est un bol dont la courbure dans la direction $\bv$ vaut $\propto\|\bPhi\bv\|^2$ (voir la hessienne $\frac2N\bPhi\T\bPhi$). Dans les directions de $\ker\bPhi$ cette courbure est nulle : le bol devient une gouttière dont le fond est une droite horizontale. Il n'y a plus un point le plus bas, mais toute une ligne. C'est exactement ce que montre la scène ci-dessous quand $\varepsilon = 0$.
4. Choisir quand même : la solution de norme minimale $\bPhi^\dagger\by$
Parmi toutes les solutions de la vallée, on en choisit une de façon canonique : la plus proche de l'origine (norme $\|\bw\|$ minimale). Géométriquement, c'est la projection orthogonale de l'origine sur la droite (ou le plan) des solutions. C'est exactement ce que calcule la pseudo-inverse.
Preuve — par la SVD, en changeant de coordonnées
5. Deux autres façons d'arriver à $\bPhi^\dagger\by$
- Limite du ridge. $\bPhi^\dagger\by = \lim_{\lambda\to0^+}(\bPhi\T\bPhi + \lambda\bI)^{-1}\bPhi\T\by$. En base SVD, le ridge donne $z_i = \frac{\sigma_i}{\sigma_i^2+\lambda}c_i$ : pour $\sigma_i>0$ cela tend vers $c_i/\sigma_i$, et pour $\sigma_i = 0$ cela vaut exactement 0 pour tout $\lambda>0$. Le ridge avec un $\lambda$ infinitésimal choisit donc la solution de norme minimale (dans la scène : la courbe blanche du chemin ridge arrive sur le point jaune).
- Descente de gradient depuis $\bw_0 = 0$. Le gradient $\frac2N\bPhi\T(\bPhi\bw-\by)$ est toujours dans $\operatorname{row}(\bPhi)$ : GD partant de 0 ne bouge jamais dans les directions de $\ker\bPhi$ et converge vers $\bw^\dagger$. (C'est pour cela que le HW impose $\bw_0 = 0$ en Q4.(2) : sinon, dans le cas dégénéré, GD pourrait converger vers une autre solution de la vallée.)
6. Le cas « presque singulier » : pourquoi c'est important pour $M = 10$
Avec $N = 15$ valeurs $x_n$ distinctes et $M\le10$, $\bPhi\T\bPhi$ est inversible en théorie. Mais les colonnes $x^0,\dots,x^{10}$ sur $[0,1]$ se ressemblent énormément : la plus petite valeur singulière est minuscule (conditionnement $\sim10^{15}$ dans le HW). Dans $\bw = \sum_i\frac{\bu_i\T\by}{\sigma_i}\bv_i$, diviser par un $\sigma_i\approx0$ amplifie énormément le bruit contenu dans $\bu_i\T\by$ : des coefficients gigantesques qui se compensent, instables d'un tirage à l'autre — c'est le sur-apprentissage vu du côté de l'algèbre. Remèdes :
- pseudo-inverse tronquée : traiter comme nulles les $\sigma_i<\text{tol}\cdot\sigma_1$ (c'est le paramètre
rconddenp.linalg.pinv) ⇒ on retombe sur une solution de norme raisonnable ; - ridge : remplacer $\frac1{\sigma_i}$ par $\frac{\sigma_i}{\sigma_i^2+\lambda}$, qui reste borné ;
- numériquement, résoudre par QR/SVD plutôt qu'en inversant $\bPhi\T\bPhi$ (qui élève au carré le conditionnement).
Dans la scène : diminue $\varepsilon$ (les $x_n$ se rapprochent) — la solution exacte $\hat\bw_{\text{LS}}$ (rouge) part à l'infini le long de la vallée, alors que $\bPhi^\dagger$ tronquée (jaune) reste sage.
7. Exemple entièrement à la main
Trois points avec la même entrée : $x_1 = x_2 = x_3 = 1$, $\by = (1,2,3)$, modèle $f(x) = w_0 + w_1x$. Donc $\bPhi = \begin{bmatrix}1&1\\1&1\\1&1\end{bmatrix}$.
Calcul complet
4Interprétation par maximum de vraisemblance
Vraisemblance (likelihood) : la densité des données observées vue comme fonction de $\bw$, $$\mathcal L(\bw;\mathcal D) = p(\by\mid\bPhi,\bw) = \prod_{n=1}^N p(y_n\mid\bphi(x_n),\bw),\qquad \bw_{\text{MLE}} = \argmax_{\bw} \mathcal L = \argmax_{\bw} \ln\mathcal L.$$
Les objets en jeu
- $\sigma^2$
- réel $>0$La variance du bruit ($\sigma$ = écart-type). Supposée connue ou estimée ; elle fixe la largeur des cloches.
- $\N(y\mid\mu,\sigma^2)$
- densité sur $\R$La densité gaussienne $\frac1{\sqrt{2\pi\sigma^2}}\exp\!\big(-\frac{(y-\mu)^2}{2\sigma^2}\big)$, lue « densité de $y$ sous une normale de moyenne $\mu$ et variance $\sigma^2$ ». Ici $\mu = \bw\T\bphi(x_n)$ : la cloche est centrée sur la prédiction.
- $p(y_n\mid\bphi(x_n),\bw)$
- nombre $\ge0$Densité du modèle évaluée à la valeur observée $y_n$ : hauteur de la cloche au point observé.
- $\mathcal L(\bw;\mathcal D)$
- fonction $\R^L\to\R_+$La vraisemblance : la densité des données observées, vue comme fonction du paramètre $\bw$ (les données sont fixées). Attention : ce n'est pas une densité en $\bw$ (elle ne s'intègre pas à 1 en $\bw$).
- $\ln\mathcal L$
- fonction $\R^L\to\R$La log-vraisemblance : transforme le produit en somme, ne change pas l'argmax ($\ln$ strictement croissant), évite les sous-dépassements numériques.
- $\bw_{\text{MLE}}$
- vecteur de $\R^L$L'estimateur du maximum de vraisemblance : le $\bw$ qui rend les données observées les plus plausibles.
Image mentale. Au-dessus de chaque $x_n$, le modèle pose une cloche gaussienne centrée sur la prédiction $\bw\T\bphi(x_n)$. La contribution du point $n$ à la vraisemblance est la hauteur de sa cloche à l'endroit où tombe $y_n$ (bâtons verticaux dans la scène). La vraisemblance est le produit de ces hauteurs : elle est grande quand toutes les cloches « attrapent » leurs points près de leur sommet. Et comme la cloche gaussienne décroît en $e^{-r^2/2\sigma^2}$, maximiser le produit = minimiser $\sum r_n^2$.
Preuve — vraisemblance, log-vraisemblance, MLE = LS HW1 Q3.(1)
5Sur-apprentissage (overfitting)
Données du HW1 : $x_n\sim\mathrm{Unif}[0,1]$, $y_n = \sin(2\pi x_n) + \varepsilon_n$, $\varepsilon_n\sim\N(0, 0.2^2)$, $N_{\text{train}} = 15$, $N_{\text{test}} = 400$, base polynomiale $\bphi_M(x) = [1, x, \dots, x^M]\T$. Un modèle avec beaucoup de paramètres peut mémoriser le bruit au lieu d'apprendre la tendance. On le détecte en comparant erreurs d'entraînement et de test.
seed 0 avec numpy. Ce générateur JavaScript n'est pas celui de numpy : les points ne sont pas identiques à ceux de ton notebook, mais le comportement (et les ordres de grandeur) le sont.
- $M = 0, 1$ : sous-apprentissage (underfitting), erreurs train et test élevées : le modèle est trop rigide.
- $M = 3, 4$ : bon compromis, l'erreur de test est minimale.
- $M \ge 9$ : l'erreur d'entraînement → 0 (avec $N = 15$ et $M = 14$, $\bPhi$ est carrée : interpolation exacte), mais l'erreur de test explose. Les coefficients deviennent énormes (des $\pm 10^5$ qui se compensent) : c'est ce qu'observe la slide 21, « overfitting when parameter magnitudes are large ».
- Augmente $N$ : à $M$ fixé, le sur-apprentissage diminue. Plus de données = on peut se permettre un modèle plus riche.
Décomposition biais–variance Hors slides PRML §3.2 p.147–152
Au programme de PRML 3.2 (lecture du planning), pas des slides. Imagine qu'on refait l'expérience avec beaucoup de jeux de données indépendants $\mathcal D$. Chaque jeu donne une fonction ajustée $f_{\mathcal D}$. En un point $x$ :
$$\E_{\mathcal D}\big[(f_{\mathcal D}(x) - h(x))^2\big] = \underbrace{\big(\E_{\mathcal D}[f_{\mathcal D}(x)] - h(x)\big)^2}_{\text{biais}^2} + \underbrace{\E_{\mathcal D}\big[(f_{\mathcal D}(x) - \E_{\mathcal D}[f_{\mathcal D}(x)])^2\big]}_{\text{variance}},\quad h(x) = \E[y\mid x].$$Même astuce que la décomposition de la section 1 (ajouter/retrancher la moyenne, le terme croisé s'annule). Et l'erreur de test attendue $=$ biais² $+$ variance $+$ bruit. Régulariser fort ⇒ fonctions rigides, toutes pareilles (faible variance) mais fausses en moyenne (fort biais). Régulariser peu ⇒ bonnes en moyenne mais chacune colle à son bruit (forte variance).
6Régression ridge — régularisation $\ell_2$
Pour limiter le sur-apprentissage : restreindre l'espace des paramètres en préférant les petits $\|\bw\|$ (slide 21).
Les objets en jeu
- $\lambda$
- réel $>0$ (hyperparamètre)Le paramètre de régularisation (ridge parameter) : prix payé par unité de $\|\bw\|^2$. Choisi à la main ou par validation, pas par minimisation de l'erreur d'entraînement (sinon on prendrait toujours $\lambda = 0$).
- $\|\bw\|^2 = \sum_\ell w_\ell^2$
- nombreLe régulariseur $\ell_2$ : carré de la distance de $\bw$ à l'origine. Ses lignes de niveau sont des cercles/sphères.
- $\bI\in\R^{L\times L}$
- matrice identité$N\lambda\bI$ ajoute $N\lambda$ sur la diagonale de $\bPhi\T\bPhi$ (le facteur $N$ vient du $\frac1N$ devant la MSE).
- $\mathbf A\succ 0$
- notation« $\mathbf A$ est définie positive » : $\bv\T\mathbf A\bv>0$ pour tout $\bv\ne0$ (toutes ses valeurs propres $>0$) ⇒ inversible. $\succeq 0$ = semi-définie positive (valeurs propres $\ge0$).
- $E_{\text{ridge}}(\bw)$
- fonction $\R^L\to\R_+$L'objectif régularisé : ajustement aux données + pénalité de complexité.
Preuve — forme close du ridge et définie-positivité
Ci-dessous, le polynôme $M = 10$ du HW1 avec la grille de $\lambda$ du devoir. Observe : $\|\bw\|$ s'effondre dès $\lambda \approx 10^{-7}$ ; l'erreur de test est en U en fonction de $\ln\lambda$ ; le troisième panneau montre le chemin de régularisation : chaque coefficient $w_j$ en fonction de $\ln\lambda$, qui tendent tous vers 0 (sans jamais l'atteindre exactement).
Géométrie du ridge : ellipses et cercle
Dans l'espace des poids $(w_1,w_2)$, la MSE est un bol dont les lignes de niveau sont des ellipses centrées en $\bw_{\text{LS}}$ (leurs axes sont les vecteurs propres de $\bPhi\T\bPhi$). Le régulariseur $\lambda\|\bw\|^2$ est un bol rond centré en 0 (niveaux = cercles). La somme de deux bols est un bol dont le fond $\bw_{\text{ridge}}$ se situe là où une ellipse est tangente à un cercle : les deux gradients y sont opposés, $\nabla\text{MSE} = -\lambda\nabla\|\bw\|^2$. Quand $\lambda$ va de $0$ à $\infty$, $\bw_{\text{ridge}}$ glisse de $\bw_{\text{LS}}$ vers $0$ le long de la courbe blanche.
Forme contrainte équivalente Hors slides — revu au chapitre SVM (Lagrangien). Pour chaque $\lambda>0$ il existe un budget $t$ tel que $\bw_{\text{ridge}} = \argmin\{\EMSE(\bw) : \|\bw\|^2\le t\}$ ; $\lambda$ est le multiplicateur de Lagrange de la contrainte. Le point de tangence est exactement la condition « gradient de l'objectif ∝ gradient de la contrainte ».
Rétrécissement par direction propre. Si $\frac1N\bPhi\T\bPhi = \sum_i\mu_i\bu_i\bu_i\T$, alors la composante de $\bw_{\text{ridge}}$ sur $\bu_i$ vaut $\frac{\mu_i}{\mu_i+\lambda}$ fois celle de $\bw_{\text{LS}}$. Les directions peu informatives ($\mu_i$ petit, axe long de l'ellipse) sont écrasées ; les directions bien déterminées sont presque intactes. C'est visible dans la scène : le point glisse d'abord le long du grand axe.
7Interprétation MAP (maximum a posteriori)
Même modèle d'observation gaussien $p(\by\mid\bPhi,\bw) = \N(\by\mid\bPhi\bw,\sigma^2\bI)$, plus une croyance a priori : les bons paramètres sont petits, $p(\bw) = \N(\bw\mid 0,\bSigma)$.
Les objets en jeu
- $p(\bw)$
- densité sur $\R^L$Le prior : ce qu'on croit sur $\bw$ avant de voir les données. Ici $\N(0,\bSigma)$ : « les poids sont probablement petits ».
- $\bSigma\in\R^{L\times L}$
- matrice de covariance, $\succ0$Forme et taille de la bosse du prior. $\bSigma = \tau^2\bI$ : bosse ronde de rayon typique $\tau$.
- $\tau$
- réel $>0$Écart-type a priori de chaque poids (HW1).
- $p(\by\mid\bPhi,\bw)$
- densité sur $\R^N$La vraisemblance (même modèle gaussien qu'au §4) : $\N(\by\mid\bPhi\bw,\sigma^2\bI)$.
- $p(\bw\mid\by,\bPhi)$
- densité sur $\R^L$Le posterior : croyance sur $\bw$ après avoir vu les données. Bayes : posterior $\propto$ vraisemblance × prior.
- $p(\by\mid\bPhi)$
- nombre (constante)L'évidence (marginal likelihood) $= \int p(\by\mid\bPhi,\bw)p(\bw)\,d\bw$ : normalise le posterior, indépendante de $\bw$ donc inutile pour l'argmax.
- $\bw_{\text{MAP}}$
- vecteur de $\R^L$Le mode (point le plus haut) du posterior.
Géométrie. Dans l'espace des poids : le prior est une bosse ronde centrée en 0 ; chaque point observé ajoute une vraisemblance en forme de « crête » (une bande : toutes les droites qui passent près de ce point) ; le posterior est le produit. Chaque nouvelle observation multiplie par une nouvelle crête, et la bosse du posterior se resserre autour de la vraie valeur. C'est la Fig. 3.7 de PRML, en interactif : clique « observer un point ».
Preuve — MAP gaussien et équivalence avec le ridge HW1 Q3.(2)
8Régression lasso — parcimonie $\ell_1$
Les objets en jeu
- $\|\bw\|_1 = \sum_\ell|w_\ell|$
- nombreLa norme $\ell_1$ (distance « Manhattan » à l'origine). Ses lignes de niveau sont des losanges (2D) / octaèdres (3D), avec des coins sur les axes.
- $\|\bw\|_q = (\sum_\ell|w_\ell|^q)^{1/q}$
- nombre ($q>0$)Famille qui contient $\ell_1$ ($q=1$) et $\ell_2$ ($q=2$). Pour $q<1$ ce n'est plus une norme (boule non convexe).
- parcimonieux
- propriété d'un vecteur(sparse) beaucoup de coordonnées exactement nulles ⇒ les features correspondantes sont éliminées (sélection de variables).
- $\partial g(w)$
- ensemble de réelsLe sous-différentiel d'une fonction convexe : l'ensemble des pentes des droites qui touchent $g$ en $w$ en restant dessous. Égal à $\{g'(w)\}$ là où $g$ est dérivable ; un intervalle aux plis (ex. $\partial|w|(0) = [-1,1]$).
La boule a des coins. En forme contrainte, on cherche le point le plus bas du bol MSE dans la boule $\{\|\bw\|_q\le t\}$. On fait grossir les ellipses de niveau depuis $\bw_{\text{LS}}$ jusqu'à toucher la boule. Le cercle ($q=2$) est lisse : le contact a lieu « n'importe où ». Le losange ($q=1$) a des pointes sur les axes ; une ellipse qui grossit touche très souvent une pointe en premier ⇒ une coordonnée exactement nulle. Pour $q<1$ (non convexe), c'est encore plus marqué.
En dimension 3, c'est encore plus parlant : l'octaèdre $\{\|\bw\|_1\le t\}$ a 6 sommets et 12 arêtes ; toucher un sommet ⇒ 2 zéros, une arête ⇒ 1 zéro. La sphère $\ell_2$ n'a ni l'un ni l'autre.
En 1D : le seuillage doux (soft thresholding)
Prenons le problème scalaire $\min_w\ (w-a)^2 + \lambda|w|$ (c'est ce que résout la descente de coordonnées pour chaque $w_\ell$). La valeur absolue ajoute un pli en 0. Tant que $|a|$ est petit, le pli « retient » le minimum en 0 exactement ; le ridge, lui, ne fait que diviser par un facteur ($w^* = \frac{a}{1+\lambda}$), sans jamais donner 0.
Preuve — seuillage doux par sous-gradient
Chemins de régularisation : ridge vs lasso
Données synthétiques : 8 features corrélées dont seulement 3 sont vraiment utiles. À gauche le ridge : tous les coefficients rétrécissent ensemble, aucun ne s'annule. À droite le lasso (résolu par descente de coordonnées) : les coefficients quittent zéro un par un quand $\lambda$ diminue — le lasso fait de la sélection de variables (interprétabilité) et produit des modèles parcimonieux qui généralisent souvent bien (slide 29).
9Apprendre = optimiser : descente de gradient
Les objets en jeu
- $\btheta$
- vecteur de $\R^P$Tous les paramètres du modèle (notation générique ; $=\bw$ en régression linéaire).
- $f(x,\btheta)$
- prédiction (nombre)Sortie du modèle de paramètres $\btheta$ sur l'entrée $x$.
- $\ell(y,\hat y)$
- fonction $\to\R_+$La perte (loss) d'un exemple : coût de prédire $\hat y$ quand la vérité est $y$. Ex. $\ell = (y-\hat y)^2$.
- $L(\btheta)$
- nombre (fonction de $\btheta$)Le risque espéré (expected risk) $\E_{(x,y)\sim p}[\ell(y,f(x,\btheta))]$ : la perte moyenne sur la vraie loi. Ce qu'on veut minimiser, mais incalculable.
- $\hL(\btheta)$
- nombre (fonction de $\btheta$)Le risque empirique : moyenne des pertes sur les $N$ exemples. Ce qu'on minimise effectivement (principe d'empirical risk minimization).
Un exemple 1D des slides
$\hL(\theta) = \theta^4 + 7\theta^3 + 5\theta^2 - 17\theta + 3$ (slides p.32–36, figure de MML). On cherche $\frac{d\hL}{d\theta} = 0$ (polynôme de degré 3 ici, mais pas de formule générale en degré ≥ 5 : Abel–Ruffini) ; la dérivée seconde classe les points stationnaires. Numériquement : la descente de gradient $\theta_{t+1} = \theta_t - \gamma\,\hL'(\theta_t)$. Déplace le point de départ : à gauche de la bosse on tombe dans le minimum global, à droite dans le minimum local. Augmente $\gamma$ pour voir l'overshoot, puis la divergence.
Le gradient, géométriquement
Les objets en jeu
- $f:\R^D\to\R$
- fonction scalaireUne fonction de plusieurs variables à valeur réelle (ex. la loss en fonction des paramètres).
- $\frac{\partial f}{\partial x_i}$
- nombre (en chaque point)Dérivée partielle : pente de $f$ quand on ne bouge que $x_i$, les autres coordonnées étant gelées.
- $\nabla f(\bx)\in\R^D$
- vecteur colonneLe gradient : les $D$ pentes partielles empilées. Géométriquement : flèche perpendiculaire aux lignes de niveau, dans le sens de la montée la plus raide, de longueur = cette pente.
- $D_\bu f(\bx) = \nabla f\T\bu$
- nombre ($\|\bu\|=1$)Dérivée directionnelle : pente de $f$ quand on part de $\bx$ dans la direction unitaire $\bu$.
- $\nabla^2 f(\bx)\in\R^{D\times D}$
- matrice symétriqueLa hessienne (dérivées secondes) : la courbure. Vue au chapitre 2 (Newton).
Trois faits géométriques : (1) $\nabla f$ est perpendiculaire aux lignes de niveau ; (2) il pointe dans la direction de plus forte montée ; (3) sa norme est la pente dans cette direction. Survole la carte : la rose polaire montre la dérivée directionnelle $D_\bu f = \nabla f\cdot\bu = \|\nabla f\|\cos\angle(\nabla f,\bu)$ pour chaque direction $\bu$ — deux cercles tangents, maximum dans la direction du gradient, nulle le long de la ligne de niveau.
Preuve — $-\nabla f$ est la direction de plus forte descente
Descente de gradient sur une quadratique — zigzag, pas, momentum
Les objets en jeu
- $t$ (ou $i$)
- entierNuméro d'itération.
- $\btheta_t$
- vecteur de $\R^P$Les paramètres après $t$ pas : un point qui se déplace dans l'espace des paramètres (la « bille »).
- $\gamma_t$
- réel $>0$Le pas (step size, learning rate) : de combien on avance le long de $-\nabla\hL$. Trop petit : lent ; trop grand : oscillations puis divergence.
- $\Delta\btheta_i = \btheta_i-\btheta_{i-1}$
- vecteurLe dernier déplacement effectué (la « vitesse » de la bille).
- $\alpha$
- réel $\in[0,1]$Le coefficient de momentum : fraction du déplacement précédent qu'on garde. $\alpha = 0$ : GD simple ; $\alpha\to1$ : peu de frottement.
Exemple des slides (p.38) : $\hL(\bx) = \frac12\bx\T\begin{bmatrix}2&1\\1&20\end{bmatrix}\bx - \begin{bmatrix}5\\3\end{bmatrix}\T\bx$, départ $\bx_0 = [-3,-1]\T$, $\gamma = 0.085$. La vallée est longue et étroite (mal conditionnée) : le gradient pointe presque perpendiculairement à la direction du minimum ⇒ zigzag. Le momentum (mémoire du pas précédent) amortit l'oscillation dans la direction raide et accumule la vitesse dans la direction plate. Compare les trois billes, change $\gamma$, le conditionnement, $\alpha$.
Pourquoi $\gamma < 2/L$ ? Analyse exacte sur une quadratique Hors slides DL §7.3
La slide 39 (Murphy) mentionne « $\eta < 2/L$ ensures convergence ». Voici la preuve dans le cas quadratique, qui explique aussi le zigzag.
Preuve — convergence de GD sur $\frac12\bx\T\bA\bx - \bb\T\bx$
Descente de gradient stochastique (SGD)
Pour la régression linéaire, $\nabla\hL(\bw_t) = \frac2N\sum_n(\bw_t\T\bphi_n - y_n)\bphi_n$ (slide 37) : chaque point « tire » sur $\bw$ avec une force proportionnelle à son résidu. Le gradient complet est la moyenne de ces $N$ flèches. SGD n'en tire qu'un mini-batch $\mathcal B_t$ :
$$\bw_{t+1} = \bw_t - \gamma_t\,\bg_t,\qquad \bg_t = \nabla\hL_{\mathcal B_t}(\bw_t) = \frac1{|\mathcal B_t|}\sum_{i\in\mathcal B_t}\nabla\ell_i(\bw_t).$$Les objets en jeu
- $\ell_i(\bw)$
- fonction $\R^L\to\R_+$La perte du seul exemple $i$ : $\ell_i(\bw) = (y_i - \bw\T\bphi_i)^2$. Le risque empirique est leur moyenne : $\hL = \frac1N\sum_i\ell_i$.
- $\nabla\ell_i(\bw)\in\R^L$
- vecteurLe gradient d'un seul exemple $= 2(\bw\T\bphi_i - y_i)\bphi_i$ : direction $\bphi_i$, longueur proportionnelle au résidu.
- $\mathcal B_t\subseteq\{1,\dots,N\}$
- ensemble aléatoire d'indicesLe mini-batch tiré au pas $t$ ; $B = |\mathcal B_t|$ sa taille.
- $\hL_{\mathcal B}$
- fonctionLe risque empirique restreint au mini-batch : une version bruitée de $\hL$.
- $\bg_t$
- vecteur aléatoireLe gradient stochastique : estimateur de $\nabla\hL(\bw_t)$ calculé sur $B$ exemples seulement.
- époque
- unité de temps(epoch) un passage complet sur les $N$ exemples = $N/B$ pas de SGD.
$|\mathcal B| = 1$ : SGD classique (= algorithme LMS de PRML) ; $1<|\mathcal B|\lt N$ : mini-batch ; $|\mathcal B| = N$ : GD. Dans la scène : fines flèches = gradients individuels $\nabla\ell_i$, flèche bleue = leur moyenne (gradient complet), flèche rose = gradient du mini-batch tiré. En moyenne sur les tirages, la rose est la bleue (sans biais), mais elle fluctue (variance).
Preuve — sans biais via variables indicatrices HW1 Q4.(4)
10Résumé & questions de la slide 47
Réponse
Elles transforment l'entrée pour qu'un modèle linéaire en $\bw$ capture des relations non linéaires en $x$. On garde la convexité et la forme close ; la difficulté est déplacée dans le choix (manuel) des features. Géométriquement : on relève les données dans un espace de features où une fonction linéaire (un hyperplan) suffit.
Réponse
Limiter la complexité effective (préférer les petits $\|\bw\|$) pour réduire le sur-apprentissage : moins de variance au prix d'un peu de biais. Elle rend aussi le problème bien posé ($N\lambda\bI + \bPhi\T\bPhi\succ0$). Interprétation bayésienne : prior gaussien sur $\bw$ (MAP).
Réponse
Solutions parcimonieuses (coefficients exactement nuls) : sélection de variables, interprétabilité, souvent bonne généralisation. Raison géométrique : la boule $\ell_1$ a des coins sur les axes ; raison analytique : le pli de $|w|$ en 0 (seuillage doux). Prix : objectif non différentiable, pas de forme close.
Réponse
Coût par pas en $O(|\mathcal B|)$ au lieu de $O(N)$, mémoire réduite ; le gradient de mini-batch est un estimateur sans biais du gradient complet ; le bruit peut aider à éviter de mauvais optima. Inconvénient : variance → trajectoire bruitée, besoin de réduire $\gamma_t$.
Chapitre suivant : régression logistique · s'entraîner.












